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L'élaboration d'une DCG est, dans une certaine mesure, un exercice créatif, mais celui-ci devrait s'appuyer sur les principes d'une bonne nomenclature chimique. Les deux nomenclatures les plus couramment utilisées sont celle de l'Union internationale de chimie pure et appliquée (UICPA) et celle du Chemical Abstracts Service (CAS). Avant l'apparition de ces organismes, de nombreux produits chimiques avaient déjà un nom, aujourd'hui qualifié de « trivial ». En règle générale, ce nom reposait sur la source naturelle du produit au moment de sa découverte et, surtout dans le cas des composés organiques, avait souvent été attribué avant qu'on sache quoi que ce soit de leur structure moléculaire. Beaucoup de noms triviaux (par ex. choline, aniline et toluène) ont été sanctionnés par l'UICPA, tandis que le CAS les a systématisés d'après la structure apparentée (par ex. 2-hydroxy N,N,N triméthyléthylaminium, benzène-amine et méthylbenzène, respectivement). Certains noms triviaux ou communs de composés inorganiques, comme l'acide muriatique, la chaux éteinte ou la cendre de soude, continuent d'être utilisés aujourd'hui par l'industrie et dans la littérature populaire, mais il est plus correct d'utiliser leur nom chimique, à savoir respectivement l'acide chlorhydrique, l'hydroxyde de calcium et le carbonate de sodium.
Lorsqu'on parle des DCG, il convient de faire la distinction entre les deux grands groupes de produits chimiques, à savoir les composés inorganiques et les composés organiques. Dans la discussion qui va suivre, les mots en caractères gras sont acceptables comme DCG ou comme partie de DCG. Il n'est guère surprenant qu'en raison de leur simple nombre et de la nature des produits vendus dans le commerce, les composés organiques fassent plus souvent l'objet d'une demande de dérogation quant à la divulgation de leur dénomination chimique.
Les composés organiques les plus élémentaires sont les hydrocarbures acycliques ou à chaîne simple dont le terme générique est alcanes. Les hydrocarbures insaturés sont soit des alcènes (ou oléfines), soit des alcynes (ou acétylènes), selon la présence d'une liaison double ou triple sur la chaîne. Utilisés comme radicaux (à savoir groupes latéraux sur la chaîne principale), ces hydrocarbures peuvent devenir les préfixes alkyl- (ou alcan-), alcényl-(ou alcèn-) et alcynyl- (ou alcyn-). Le descripteur aliphatique s'applique à l'ensemble des hydrocarbures à chaîne ramifiée ou non, saturés ou insaturés. La même remarque s'applique au terme alicyclique qui décrit à la fois des hydrocarbures cycliques saturés et insaturés (mais pas les composés aromatiques). Les termes aliphatique et alicyclique sont très généraux et on ne devrait les utiliser dans les DCG que si l'emploi d'un nom plus spécifique entraînerait la divulgation de RCC. Le benzène et les autres hydrocarbures cycliques insaturés apparentés peuvent être désignés par les termes aromatique ou aryle (s'il s'agit d'un radical) ou par le terme arène s'il s'agit de la structure parentale. On évitera le terme carbocyclique, qui regroupe des structures alicycliques et aromatiques. Les structures carbocycliques comprenant plus de deux cycles condensés peuvent inclure le terme polycyclique dans la DCG.
La création d'une DCG pour un composé organique hétérocyclique ou un hétérocycle, c'est-à-dire les cycles constitués d'atomes de carbone et d'autres atomes comme l'oxygène, l'azote ou le soufre, s'avère un peu plus difficile. Les exemples les plus simples de cycles renfermant de l'oxygène sont l'oxirane (oxyde d'éthylène) et le méthyloxirane (oxyde de propylène). Lorsque ces produits chimiques sont employés pour alcoxyler d'autres composés organiques, comme des amines ou des alcools, les produits de réaction sont désignés par les termes alcanolamines et alcoxylates. Les cycles qui contiennent de l'oxygène peuvent être connus par leur nom trivial (par ex. furane) ou être désignés par le terme plus général d'éthers cycliques. Les cycles qui renferment un atome d'azote peuvent être nommés d'après leur nom trivial (par ex. imidazoline, lactame) ou par le terme (di)amine cyclique et amide cyclique, alors que ceux qui contiennent du soufre (par ex. thiophène) pourraient être appelés des thioéthers cycliques. Quand le radical hydroxyle du groupe carboxylique d'un acide est remplacé (par ex. chlorure d'acétyle), on peut se servir du terme acyle pour désigner le groupe acide (par ex. halogénure d'acyle). D'autres noms triviaux comme glycol et terpène peuvent donner des DCG du genre éther d'alkylèneglycol (ce qui, à titre de comparaison, équivaudrait à la DCG basée sur son nom systématique alcoxyalcanol) et terpène cyclique. Quelques noms triviaux peuvent être utilisés directement comme DCG quand les liaisons élémentaires sont connues, mais pas la structure exacte du produit de réaction (par ex. base de Schiff obtenue par condensation de cétones ou d'aldéhydes avec des amines primaires). Il faudrait éviter l'usage d'expressions comme acide dibasique, alcool polyhydrique, amine tertiaire, etc., à moins que l'utilisation d'un nom plus spécifique n'entraîne la divulgation des RCC.
Les mélanges complexes dérivés du pétrole peuvent avoir une DCG du genre naphte (généralement accompagnée d'un qualificatif comme léger ou lourd) ou distillat de pétrole. Ceux qui comprennent des acides carboxyliques à longue chaîne issus de graisses et d'huiles animales ou végétales pourront être désignés par l'expression acides gras (et leurs dérivés apparentés alcool gras, amine grasse, ester gras, etc.). Les acides gras tirés du pétrole sont habituellement regroupés sous l'expression acides naphténiques. Les termes et les locutions génériques du genre (per)fluorocarbone, siloxane, résine époxyphénolique, résines acryliques (qui pourraient comprendre les méthacrylates), etc. sont acceptables, mais pas les termes organophosphoré, organosoufré, résine époxydique, etc.
L'approche utilisée pour indiquer la présence de certains groupes fonctionnels ou radicaux sur une structure chimique peut varier selon qu'il s'agit d'un groupe terminal ou intermédiaire (voir l'exemple 1). Dans le premier cas, on identifiera le groupe au moyen du terme (ester, alcool, aldéhyde, sel) ou d'une syllabe appropriée (-oate ou alcoxy-, -ol, -al, -ate). Si le radical n'est pas terminal, on retiendra le terme approprié (par exemple cétone, azoture, éther, halogénure, oxyde, alcool, amine) ou le préfixe correspondant (par ex. céto- ou oxo-, azo-, oxa-, halogéno-, époxy-, hydroxyl-, amino-), de sorte que la position réelle du groupe sur la chaîne ou le cycle ne soit pas évidente. Les groupes ou les radicaux n'ont pas tous un préfixe ou un suffixe utilisable (par ex. oxime, anhydride d'acide). Si le même radical apparaît plus de deux fois, il y a lieu d'envisager l'utilité d'ajouter le préfixe poly-. Le fait est que beaucoup d'ingrédients organiques confidentiels sont des produits de réaction, si bien que la DCG doit souvent illustrer une chimie beaucoup plus complexe. Dans certains cas, il est probable, même si les précurseurs sont connus, qu'il soit très difficile — voire impossible — pour un concurrent de reconstituer les produits de réaction précis en raison de la complexité du procédé de fabrication et du secret qui l'entoure. Néanmoins, s'il faut préparer une DCG pour un tel ingrédient dont le produit de réaction a une structure inconnue, la meilleure approche consiste à donner la DCG des précurseurs (voir l'exemple 4 ci-après).
Étant donné la facilité relative avec laquelle on procède à l'analyse qualitative des composés inorganiques, on pourrait s'attendre à ce qu'il soit relativement simple de déterminer, par exemple, quel(s) cation(s) et anion(s) se trouvent dans un mélange. Malgré cela, quand l'allégation de confidentialité concerne des composés inorganiques, il est clair qu'il n'existe pas une grande marge de manoeuvre, ni beaucoup d'autres choix quant à l'utilisation d'une DCG. La DCG de substances inorganiques simples, comme celles mentionnées dans notre exemple de noms triviaux au début de la présente section, serait acide inorganique ou minéral, base inorganique et soit sel de sodium ou sel de carbonate. La partie métallique d'un composé inorganique pourrait être camouflée par les termes alcalin, alcalino-terreux, terre rare ou métal de transition (voire, dans certains cas, simplement métal). On ne camouflera pas la plupart des éléments non métalliques présents dans l'ingrédient (par ex. bore, silicium, soufre, etc.), mais plutôt leur emplacement ou leurs liaisons exactes. Les deux autres grands groupes de composés non métalliques pourraient être camouflés au moyen d'expressions comme halogénures et gaz rares ou nobles.